-M. Thomas, au vu du titre de votre livre, "La chute de l'empire humain", avez-vous imaginé un énième scénario de la fin du monde comme on nous en balance plus qu'à volonté à la télévision ?
Il s’agit plutôt d’une lecture réaliste de notre situation présente. Par ailleurs, l’avenir que présage cette situation ressemble plus à une fin de règne qu’à une fin du monde. La terre continuera de tourner un bout de temps encore, mais le règne de l’homme paraît quant à lui beaucoup plus incertain.
- Au dos de votre livre, vous dites "...plus de vérités qu'il n'est possible d'en dire sans les artifices de la fiction"... En quoi l'absence de fiction aurait-elle rendu les idées reprises dans votre livre impossible à dire ?
Non pas impossible à dire, mais indigeste. D’autres, bien plus qualifiés que moi, se chargent de nous asséner ce genre de vérités depuis quelques décennies. Ces derniers temps, des livres et des films tels que Home, We feed de world ou Le syndrome du Titanic, pour ne parler que de l’actualité, nous jettent cette réalité en pleine face et nous placent devant nos responsabilités. C’est à la fois pénible et stimulant pour ceux qui veulent que cela change. Aborder ces thèmes par le biais d’une fiction me semblait plus dans l’ordre de mes compétences et de mes goûts. C’est sans doute pour cela que Charles s’est adressé à moi.
- La couverture de votre livre rassemble à la fois une image humoristique et extrêmement symbolique. Cela traduit-il votre état d'esprit vis-à-vis de la fatalité à laquelle vous faites allusion au dos de votre livre ("...un trop prévisible néant...) ?
Exactement. Je n’ai vraiment pas l’impression que l’humanité parviendra à infléchir suffisamment le cours des choses pour se préserver du pire. Même si, n’étant ni pessimiste ni fataliste de nature, j’espère le contraire. Que cela ne nous empêche pas d’agir, mais les solutions sont moins à trouver dans des innovations technologiques que dans des changements radicaux de comportements, ce qui me semble bien plus aléatoire.
- En parlant de fatalité, vos idées adoptent la théorie de l'entropie. Pourriez-vous l'expliquer à nos lecteurs ?
Ce principe de thermodynamique, pour faire simple, caractérise le sens de l’évolution d’un système fermé. Selon cette équation, l’énergie se dissipe de façon irréversible, le désordre (entropie) augmente donc. Si nous considérons notre planète comme un système isolé, chaque production, chaque gesticulation, nécessite une dépense d’énergie qui va se diluer dans l’environnement où elle ne sera plus réutilisable. Pas de quoi s’affoler, c’est un processus naturel. Si ce n’est que notre hyper productivisme accélère le mouvement de telle façon qu’à notre échelle de temps humain, cela s’apparente quasi à un suicide collectif. La solution pour perdurer, serait d’utiliser de l’énergie renouvelable ou de puiser celle-ci hors de notre système, là où l’échelle de temps cosmologique n’interfère guère avec notre destin local.
- Cela veut-il dire alors que quoi que l'on fasse, ça ne sert à rien si ce n'est à retarder les choses ?
Dans un sens, oui. Mais il faut considérer les échelles de temps qui nous sont favorables. A l’échelle de l’univers, il est certain que notre planète finira par disparaître dans un cataclysme cosmique. À l’échelle de notre civilisation, notre devoir est de perdurer autant que possible, d’abord sur notre planète, et pour cela nous devons impérativement adopter des comportements autrement plus sensés et rationnels que ceux qui nous animent depuis des siècles, ensuite sur le chemin des étoiles, en quête de territoires toujours accueillants.
- Quel public espérez-vous toucher à travers ce roman ?
Je ne sais pas. J’espère sans doute pouvoir réveiller quelques esprits qui ne partageraient pas encore ces interrogations ou ces préoccupations. Mais il n’est pas défendu de prendre ce roman au premier degré, Charles ne s’en offusquera pas.
- Vous offrez la lecture, sur votre site www.claudethomas.net, de bon nombre de vos écrits, principalement des nouvelles et proposez la lecture de vos manuscrits gratuitement, sur demande et "quelques chocolats". Êtes-vous fort sollicité ?
Mon site « L’île Fantastique » existe depuis des années et je dois dire qu’il connaît son petit succès. Mes nouvelles sont lues un peu partout en francophonie. Certaines ont été adaptées en courts métrages par des étudiants, une autre sert chaque année de sujet d’examen dans un lycée au Québec, d’autres ont connu épisodiquement le même sort ici et là, d’autres encore se dispersent sur la toile invitées sur d’autres sites, quelques-unes ont connu une édition en recueil ou en revue, de même qu’un essai sur les croyances… Les romans et essais sont quant à eux disponibles dans un format électronique, sur demande et « chocolats ». Je dois dire que j’ai plus de demandes que je ne reçois de chocolats, mais ce n’est pas plus mal pour ma ligne… ligne éditoriale s’entend.
Ce genre d’autoédition sur internet a ceci de paradoxal que, sauf à imaginer un succès retentissant, je suis sans doute plus lu que si j’avais publié quelques recueils de nouvelles et mes romans chez un éditeur classique. Par contre, cela ne remplace pas la satisfaction de toucher et de présenter son livre de papier, étape qui vous pose alors en écrivain, même si la diffusion reste confidentielle. J’ai toujours considéré cette vitrine internet comme une étape préparatoire et/ou complémentaire à l’édition traditionnelle. Il se trouve que cette seconde étape prend beaucoup plus de temps que la première.
- Vous êtes également le concepteur, sur le même site, de « L’Espace Bergier », pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Jacques Bergier était un personnage hors du commun. Il est impossible de brosser son portrait en quelques lignes. Je me permets donc d’inviter ceux qui le souhaitent à visiter ces quelques pages et principalement sa « bibliographie ». Si cet homme vivait toujours aujourd’hui, je serais sans doute en profond désaccord avec bon nombre de ses idées. Mais il faut saisir l’esprit et l’humour volontiers provocateur de Bergier pour savoir apprécier ce qui le rendait si précieux : un don pour instiller en nous la curiosité, le doute, l’émerveillement, la méfiance, l’esprit de controverse, l’ouverture d’esprit…
- Pour en revenir à La chute de l’Empire Humain, croyez-vous que tout est dit, ou qu’il pourrait y avoir une suite disons, un peu plus porteuse d’espoir ?
Et si Charles revenait pour compléter, voire modifier les conclusions de son analyse, voulez-vous dire ? Ma foi, j’en serais le premier satisfait. Mais pour l’heure, il ne m’a toujours donné aucun signe de vie.
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